Les grandes tendances qui transforment le secteur des grandes cultures

Une saison 2023 marquée par des conditions climatiques extrêmes

À travers le monde, la saison 2023 des grandes cultures a été fortement impactée par des phénomènes climatiques. En Europe, par exemple, l'été a été marqué par des sécheresses prolongées - notamment dans des régions comme l’Espagne et l’Italie -, tandis que certaines régions de France ont connu des épisodes de grêle dévastateurs. Ces aléas se sont traduits par une baisse significative des rendements pour plusieurs cultures stratégiques.

En France, selon FranceAgriMer, la production de blé tendre a été réduite à environ 34 millions de tonnes, contre 36 millions l'année précédente. Cette diminution s'explique en partie par des températures élevées durant les phases critiques de la croissance des cultures.

À l'échelle mondiale, on observe une tendance similaire. Le maïs aux États-Unis, l’un des principaux producteurs mondiaux, a également souffert de fortes sécheresses dans certaines régions du Midwest. Cela a poussé les prix des marchés, comme celui de Chicago, à fluctuer fortement, nourrissant une instabilité pour les agriculteurs et l'ensemble de la chaîne alimentaire.

Un recours croissant à des solutions technologiques

Face à ces conditions inédites, les agriculteurs se tournent de plus en plus vers des innovations technologiques. En 2023, l’agriculture dite "de précision" s’accélère dans le domaine des grandes cultures. Les outils connectés, les capteurs IoT, les drones et les cartes satellites sont désormais incontournables pour optimiser les rendements tout en réduisant les intrants.

Les drones au service de la cartographie et de l’intervention ciblée

Les drones permettent aujourd’hui de surveiller de vastes exploitations en quelques heures, détecter des zones de stress hydrique ou identifier précocement des maladies. Des acteurs comme John Deere ou DJI intègrent chaque année de nouvelles fonctionnalités dans leurs outils pour répondre à des besoins de plus en plus fins des agriculteurs.

Les biostimulants, une alternative en plein essor

Parallèlement, le secteur des biostimulants connaît une forte progression. Ces produits, qui promettent de renforcer les défenses naturelles des plantes, séduisent les agriculteurs soucieux de réduire leurs intrants chimiques tout en répondant aux attentes des consommateurs. En France, le marché des biostimulants est estimé à une valeur de 100 millions d’euros en 2023, avec une croissance annuelle soutenue.

Des politiques agricoles en mutation

Les grandes cultures sont également au centre de débats politiques et de nouvelles régulations. En Europe, la nouvelle Politique Agricole Commune (PAC) - entrée en vigueur en 2023 - met l'accent sur des pratiques agricoles plus durables, notamment via l'écorégime. Ce dispositif incite les agriculteurs à adopter des techniques respectueuses de l’environnement.

Pourtant, l’application de ces règles n’est pas sans controverse. Certains producteurs de grandes cultures dénoncent une complexité accrue et des marges restreintes. Par exemple, la transition vers des techniques comme l’agriculture de conservation des sols - qui limite le labour afin de préserver la biodiversité - fait débat. Bien que prometteuse à long terme, cette transition requiert des investissements initiaux conséquents, que toutes les exploitations ne peuvent pas assumer sans soutien financier important.

Les incertitudes liées aux marchés mondiaux

L'actualité des grandes cultures est également dominée par des tensions sur les marchés mondiaux. Le conflit en Ukraine, qui a débuté en 2022, continue d’influencer directement l’approvisionnement de céréales. L’Ukraine et la Russie sont des acteurs clé de la production mondiale de blé et de maïs, et toute interruption dans la chaîne logistique - comme un blocage des ports ukrainiens de la mer Noire - a des répercussions globales.

Par ailleurs, la Chine, premier importateur mondial de soja, modifie régulièrement ses stratégies d'achat, impactant les cours mondiaux. En 2023, le Brésil a renforcé sa position de géant du soja, avec une récolte record de 156 millions de tonnes. Cette dynamique modifie les flux commerciaux et accentue la concurrence pour les agriculteurs européens, déjà fragilisés par les coûts croissants de la production.

Vers une redéfinition des pratiques alimentaires et agricoles

Enfin, le débat autour de l’agriculture régénérative s’intensifie. Cette approche vise à améliorer la santé du sol, capter du carbone et maintenir un équilibre écologique global. Des grandes entreprises multinationales, comme Danone ou Nestlé, investissent désormais massivement dans ce modèle, en formant des partenariats avec des agriculteurs pour encourager des pratiques plus vertueuses.

Parallèlement, les circuits courts et la diversification des cultures gagnent en popularité. Les consommateurs européens privilégient de plus en plus des produits traçables et locaux. Cela pousse certaines exploitations de grandes cultures à introduire des rotations plus variées, comme l’intégration de cultures légumineuses (pois chiches, lentilles), particulièrement recherchées dans le contexte d’une transition vers une alimentation plus végétale.

Un secteur en pleine transformation

Les grandes cultures sont à la croisée des chemins. Entre pressions économiques et climatiques, évolutions technologiques et attentes des consommateurs, elles incarnent les défis de notre époque. Il appartient désormais aux agriculteurs, investisseurs, chercheurs et décideurs de transformer ces défis en opportunités. Le futur de ce secteur repose sur un équilibre subtil : produire suffisamment pour nourrir le monde tout en respectant les ressources naturelles et en limitant notre empreinte écologique.