Les enjeux majeurs pour Jean Grimbert, nouvellement à la présidence de la MSA dans le Grand Ouest

Un modèle agricole en mutation : mesurer l’impact sur le social

Le cœur de la mission de la MSA repose sur l’accompagnement social et sanitaire des agriculteurs. Cependant, le secteur agricole vit aujourd'hui une profonde mutation. Face à la baisse constante des prix agricoles, à la mondialisation des échanges et à des réglementations environnementales de plus en plus contraignantes, les agriculteurs des départements du 53, 61 et 72 voient leurs marges se réduire et leurs rythmes de travail augmenter.

Une enquête menée par la MSA en 2021 révélait des chiffres préoccupants : 29% des agriculteurs interrogés déclaraient être en situation de « détresse psychologique », soit trois fois plus que la moyenne nationale dans d'autres secteurs. S’ajoute à cela le problème de l’isolement rural, particulièrement prononcé dans les zones comme l’Orne ou certaines parties de la Mayenne, où la densité démographique est faible.

Jean Grimbert devra donc plancher sur des programmes adaptés pour répondre à cet épuisement psychologique et physique grandissant. Cela passe par des initiatives innovantes comme :

  • Le développement d’assistances psychologiques itinérantes et anonymes spécialement pensées pour les exploitants agricoles.
  • La création de réseaux locaux pour promouvoir l’entraide et rompre l’isolement des agriculteurs.
  • Un accompagnement renforcé pour les reconversions professionnelles dans les cas extrêmes.

La pénibilité et la santé au travail : un chantier prioritaire pour la MSA

Les métiers agricoles restent parmi les plus exposés aux risques professionnels : troubles musculo-squelettiques (TMS), maladies liées à l’exposition prolongée aux pesticides, accidents liés aux machines… En 2022, les statistiques des accidents de travail rapportées par la MSA indiquaient que le taux d'accidents dans le secteur agricole était supérieur de 27% à la moyenne nationale tous secteurs confondus. Dans les départements du 53, 61 et 72, où les filières d’élevage et de polyculture sont majoritaires, ces problématiques deviennent critiques.

Sous la présidence de Jean Grimbert, il sera impératif de renforcer les actions de prévention et de formation dans ce domaine. Les attentes sont importantes :

  • Installer des formations régulières sur la manipulation et le stockage des engrais et produits phytosanitaires.
  • Mettre à disposition un accompagnement en vue de l'achat d’équipements ergonomiques pour limiter les TMS.
  • Améliorer la visibilité et le recours aux aides pour les travailleurs en cas d'accidents ou d’arrêts maladie prolongés.

En parallèle, il faudra créer un cadre pour inciter les employeurs agricoles à mieux considérer la santé de leurs salariés lorsqu’ils sont en gestion collective (notamment pour les exploitations employant des ouvriers agricoles).

L’avenir, c’est aussi attirer les jeunes générations

Un autre défi majeur pour Jean Grimbert sera le renouvellement des générations. L’agriculture, malgré sa vitalité pour la souveraineté alimentaire et économique, peine à séduire. Aujourd’hui, seulement 8% des chefs d’exploitation dans l’Hexagone ont moins de 35 ans. Dans les trois départements concernés, où la céréaliculture et les productions laitières nécessitent un savoir-faire avancé, cette tendance est encore plus criante.

Pour enrayer cette désaffection, la MSA pourrait jouer un rôle déterminant à travers :

  1. Un accompagnement financier accru pour les jeunes agriculteurs. Par exemple, en facilitant l’accès aux aides pour les installations agricoles ou les conversions bio.
  2. La création de « mentors agricoles » pour soutenir les jeunes dans leurs premières années de gestion d’exploitation.
  3. La mise en valeur des métiers agricoles à travers des campagnes de communication positives.

Face à un tissu rural vieillissant, le rôle clé des retraités agricoles

Dans des territoires comme l’Orne ou la Sarthe, on ne peut occulter l’enjeu démographique. Avec un tissu rural vieillissant, la MSA est responsable d’un nombre croissant de pensions agricoles. Or, ces dernières sont parmi les plus faibles des secteurs professionnels. À titre d’exemple, en 2022, le montant moyen des retraites agricoles s’élevait à 1 050 euros par mois pour un exploitant à carrière complète. Les agricultrices, particulièrement désavantagées par des parcours fragmentés, touchent encore moins.

Jean Grimbert devra se montrer actif pour soutenir cette population, tout en rappelant aux pouvoirs publics l’importance d’une éventuelle revalorisation. Collaborer étroitement avec des associations locales pour identifier les retraités isolés et leur proposer des aides concrètes, telles que des services à la personne ou des logements inclusifs, sera fondamental.

Quand écologie et économie se heurtent sur le terrain

On ne peut omettre la montée en puissance des exigences écologiques imposées aux agriculteurs, en particulier dans des régions où les élevages et la production intensive ont parfois des impacts environnementaux significatifs. Entre la mise en œuvre de plans visant à réduire l’usage des pesticides, l’accent mis sur les pratiques agroécologiques et les préoccupations sur la qualité de l’eau, Jean Grimbert devra jongler entre des intérêts parfois conflictuels.

Une mission sera d'assurer que les agriculteurs du 53, 61 et 72 bénéficient d’aides claires pour entamer cette transition. Parmi les axes essentiels, la MSA pourrait accompagner :

  • Une transition raisonnée vers des systèmes plus vertueux grâce à une expertise et des financements dédiés.
  • La sensibilisation des agriculteurs face à des enjeux tels que la préservation des zones Natura 2000.
  • Le développement de solutions de diversification agricole pour s’émanciper de certaines filières intensives fragilisées.

Un mandat qui devra allier action locale et vision nationale

Sous la présidence de Jean Grimbert, la MSA des départements 53, 61 et 72 devra naviguer au carrefour de nombreux enjeux, allant de la lutte pour la dignité des exploitants agricoles à la capacité de faire face aux bouleversements climatiques et économiques. S’il est clair que les défis sont nombreux, des opportunités immenses s’offrent également à ce nouveau président, notamment pour insuffler une dynamique territoriale forte.

Ce mandat montrera à quel point la MSA, souvent sujet à des critiques sur sa bureaucratie, peut redevenir un acteur clé pour l’agriculteur du XXIe siècle. Jean Grimbert saura-t-il transformer ces défis en victoires ? Un pari ambitieux mais vital, pour les professionnels de l’agriculture autant que pour l’avenir des territoires ruraux.